histoires minimales  

ANALYSE DU TEXTE / PARTI-PRIS

Février 2020 _ Projet réalisé en 3ème année DNA mention Design d'Espace, ENSBA Lyon

histoires minimales de Javier Tomeo, publié en 1992, est un recueil de saynètes: «Petite pièce comique ne comprenant généralement qu’une scène et un nombre restreint de personnages.».

À travers ses saynètes Tomeo nous plonge dans une pluralité d’univers absurdes où toutes les conventions que l’on peut avoir sur l’espace, le temps ou les relations humaines sont abolies : tout est illogique, irraisonnable et déroutant. L’auteur use du sarcasme et de situations absurdes fulgurantes, souvent abruptes dans leur dénouement, pour dévoiler la vacuité de nos conventions sociales et politiques, ainsi que la monstruosité que porte en lui chaque être humain.
Est absurde ce qui est manifestement et immédiatement senti comme contraire à la raison,  qui ne peut ou ne devrait pas exister. En littérature, au théâtre et en philosophie un sentiment d’absurdité de l’existence humaine naît progressivement après les deux guerres mondiales. On retrouve dans l'oeuvre de Tomeo ce désarroi de l’homme face à un environnement dont il ne saisi plus le sens.

L’efficacité avec laquelle l'auteur parvient à construire un espace, une action et une atmosphère différentes dans chacune de ses saynètes m’inspirent beaucoup. Il nous expose de manière éclatée des espaces et des temporalités pluriels, majoritairement au travers des didascalies auxquelles il porte attention particulière. 
Les espaces se construisent souvent progressivement. Des éléments viennent s’ajouter à la situation initiale de manière fragmentaire, de sorte à élargir et préciser sa qualité, déconcerter encore plus le public et servir l’absurdité de l’action : «Pause. FELICIE ferme les yeux, en extase. Elle a complètement oublié l’incident de l'ascenseur. HELIODORE toussote, s’éclaircit la voix, et commence à raconter par le menu, la vie du moine MarloBrandini. Cent mètres plus loin, dans la station-service, le petit homme à l’auto rouge demande qu’on passe un chiffon sur son pare-brise.»

J’aspire à rendre compte de ces fragments de réalité qui, bien que composés de signes issus d’un quotidien auquel le spectateur peut se rattacher, s'hybrident en une «superstructure de jeu». La pluralité d’identités et d’usages de ce même élément sont activées et manipulées selon les besoins du texte et du jeu.

Le bateau et la mansarde s'hybrident
Un océan de toits
Chemin de Fer au milieu des steppes arid

Au beau milieu des steppes circulaires, une halte de chemin de fer. Un train gris et long, verrouillé, prêt à se remettre en route. Il va pleuvoir.

L’enfant triste, sans lâcher la main de sa mère, tend vers la locomotive, sa grosse tête d’enfant pauvre.
S XIX

Le bateau s’hybride à la mansarde. Paroi ajourée, elle donne à voir les différentes formes d’ouvertures décrites dans les saynètes: «bureau secret, dans l’appartement cinquante-sept du gratte-ciel de marbre noir. Devant la large baie ouverte.», «chambre tapissée de papier gris» etc. La piste peut signifier à la fois la coulisse de cirque où l’on retrouve fréquemment «le clown assis sur son ballot» ou encore l’arène du toréador.

L'amoncellement incohérent de toitures en arrière plan incarne la multiplicité de ces paysages fragmentaires, cet «océan de toits», cette «ville», ce «moulin» ou ce «clocher penché» dont on ne saura jamais le nom ni la véritable existence.

Les rails permettent le déplacement du «bateau» et l’arrivée du «wagon», et sont rendus visibles aux spectateurs de sorte à incarner l'espace du «train» que l’on retrouve à plusieurs reprises dans les saynètes.

SUPERSTRUCTURE NARRATIVE _ ABSURDES OUVERTURES
Parcelles de réalités dont l’absurde et l’imaginaire hybrident les fragments

Le petit bateau à la cheminée rouge

LE DÉSERT DE L’ABSURDE

La récurrence des steppes et étendues arides fait du désert l’espace d’ancrage de ma scénographie, terrain propice à l’apparition de chimères, auxquelles s’apparentent selon moi ces fragments de récits...

Dans une gamme colorée pastel et désaturée, la couleur, saturée et vive, viendra alors signifier l'espace par touche ponctuelle de sorte à accentuer l’absurde, signifier l’action en cours, un détail, investir un accessoire, un élément de costume, être activée par lumière.

BOUCLE DES PERSONNAGES

Pour ce qui est de la mise en scène je pensais jouer de la pluralité des personnages en établissant un roulement d’acteurs associés à une typologie particulière de personnages. Le changement de rôle se ferait au moyen de costumes réversibles et l’apport d’accessoires significatifs. Le spectateur les retrouverait, comme si toutes ces saynètes absurdes trouvaient une forme d’organisation grâce à ces personnages cycliques.

plan 33e
LaColline GrandeSalle-2.jpg
LaColline GrandeSalle.jpg

© Tuong-Vi Nguyen

J'ai choisi la salle du Grand Théâtre du Théâtre de la Coline à Paris comme lieu d'ancrage. Ses grandes dimensions notamment son ouverture, me sont nécessaires pour l’étendue panoramique que je souhaite, et la neutralité de la salle convient parfaitement à mon parti pris scénographique.

CHOIX DU LIEU

1/33